Miarka (Antoine de Meaux)

Miarka est le nom de code d’une résistante française. Âgée de 19 ans, alors que l’étau nazi se resserre sur la zone libre, la jeune fille bascule dans la clandestinité en tant qu’agent de liaison, puis dans l’action armée jusqu’à son arrestation et sa déportation à Ravensbrück. Il s’agit de Denise Jacob, la soeur de Simone Veil. A travers cette splendide biographie l’auteur Antoine de Meaux exprime l’admiration et l’amitié qu’il porte à cette femme exemplaire, et cette admiration est contagieuse.

Parler de Miarka/Denise sans parler de sa famille serait une erreur qu’Antoine de Meaux a très justement évitée. Car comment comprendre cette jeune niçoise sans connaître le terreau dans lequel elle été élevée ? L’exemple de cette mère qui déclare juste avant une rafle « si je suis prise, dites à mes enfants qu’ils n’aient pas peur pour moi. Je serai pleine de courage et je résisterai bien » ; ou le caractère de son père à la fois « épris de la beauté du monde, qui avançait sur le fil de la vie comme un funambule » et d’une lucidité ironique comme quand il écrit en 1916 au coeur de la Première guerre : « la vérité est l’ennemi de la sociabilité. Les bons contes font les bons amis.« 

Se dévoile au fil des pages Denise, éclaireuse scoute, qui prend brusquement son indépendance en 1942, part pour Lyon bascule dans l’engagement pour son pays. Un engagement total.

« Nous sommes français, oui français pour toujours. Quel triomphe. »

Effrontée, tenace, humble, et en même temps animée par une furieuse envie de vivre, Denise « danse sur un fil au-dessus du gouffre« . Fidèle à son engagement scout, elle ne recule devant rien pour servir les autres et son pays. Même si la peur l’accompagne, sa détermination reste inflexible. Malgré la redoutable épreuve de la baignoire dont aucun détail ne nous est épargné, à ses tortionnaires Denise ne livrera rien sur ses activités ni sur ses camarades résistants. Ils ne sauront jamais non plus son origine juive.

« Je ne leur dois rien, ni la vie ni la mort. »

C’est aussi une peinture glaçante de l’horreur des camps, avec les condamnés aux « départ sans bagages » ou ceux « avec bagages », le choix de préserver les plus forts parmi les déportées, les brimades, la méfiance, les privations.

Et l’après, ce retour dans un pays enfin libre, mais pour une paix impossible car une partie d’elle-même reste toujours prisonnière du camp de Ravensbrück. L’épreuve a mis son âme à nue et elle ne s’en relèvera jamais totalement.

« Il a fallu vivre. Pardonnez-nous. »

Denise tient par l’amour de sa famille déportée elle-même à Auschwitz, l’amour de son pays, l’amour de la vie. Elle consigne dans un carnet des poésies qu’elle gardera à son retour en France. La poésie qu’elle emploiera aussi pour « réapprendre à vivre« . Mais comment traduire véritablement ce qu’elle a vécu ?

« Denise se méfiait des mots. Elle n’était pas sûre qu’on puisse leur faire confiance pour dire ce qui ne pouvait, au fond, pas se dire. »

Issue d’une famille très unie, Denise est habituée à entretenir de nombreuses relations épistolaires. On retrouve ici de nombreux extraits de correspondance et de carnets personnels, des poèmes. Antoine de Meaux restitue ainsi dans la spontanéité de ces échanges et de ces écrits la qualité humaine de ses hommes et femmes extraordinaires.

Après sa libération, Denise est partagée entre deux désirs : oublier Ravensbrück et faire vivre la mémoire de ses victimes (« l’un de nos plus précieux héritages« ).

Ces images du passé et son présent se télescopent dans une ronde infernale. Comme toujours dans son existence, Denise se pliera à cette règle d’airain : le devoir avant tout ; et par sa rage de vivre, elle rendra un constant hommage à celles et ceux qui n’ont pas eu cette chance de sortir vivants cet enfer.

« Et tes amies aussi, vois comme elles te regardent

Elles t’aiment tu le sais et tu ne dois plus pleurer

Car tu vas vivre. »

Au terme du récit demeure une vérité terrible : les leçons de l’histoire demeurent fragiles et s’oublient si vite. Malgré son engagement pour préserver la mémoire de ce passée terrible, Denise voit bien que le monde n’est toujours pas meilleur pour autant.

A travers ce livre sensible et précis, Antoine de Meaux reprend à son compte cette entreprise de mémoire et par ce texte essentiel donne accès à cette âme héroïque, sensible, patriotique, à la beauté d’un acier trempé.

Thomas Sandorf

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